BON CHIC MAUVAIS GENRE #139 : "spécial UK"
Une soirée drôle, violente et révolutionnaire pour toutes celles et ceux qui veulent réveiller le révolté en eux, ce vendredi 17 avril au cinéma Majestic de Lille !
BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée mensuelle double-programme consacrée au cinéma transgressif, rare, délirant et précieux, et programmée amoureusement par les projectionnistes du cinéma Majestic de Lille, revient ce vendredi 17 avril.
Pour cette 139ème soirée BCMG, nous aborderons un de nos classicos, qui revient tous les uns ou deux ans : la soirée “spéciale UK”. Et je dirais même plus cette année : la soirée “spécial Manchester” !
D’un premier abord, on serait tenté de voir dans cette nouvelle programmation, un choix de films beaucoup plus sages et beaucoup moins punks que d’habitude. Mais comme on dit dans la langue de Benny Hill : “don’t judge a book by its cover” ! Car nous allons vous proposer deux films totalement fous et qui encore aujourd’hui, résonne comme de véritables brûlots contestataires !
À 18h00, nous commencerons la soirée avec le fabuleux CHAUSSURE À SON PIED, film fou et drôle de David Lean où une jeune femme va se révolter, seule contre tous, et révolutionner la Société (au moins autour d’elle !). La jeunesse “embête” le Patriarcat, l’Establishment, et toute forme d’autorité. Un film qui raconte soixante-dix ans à l’avance les enjeux de ces dernières années !
À 20h00, nous pourrons enfin voir, après des années d’absence sur grand écran, NAKED, le chef-d’œuvre mal élevé de Mike Leigh qui lui a raconté les choses (seulement) avec 30 ans d’avance. On y suit les pas d’un jeune David Thewlis, révolté, dégoûté, paranoïaque et sans doute cynique dans un Londres crépusculaire et froidasse, dévasté par les inégalités. Que faire si cet homme à raison ? Tout brûler ? Attendre la mort en buvant et fumant des clopes ? Casser des figures un peu au hasard ? Peut-on changer quoique que ce soit quand le Monde a trahi toutes ces promesses ? Vous aurez peut-être des réponses à ces questions (ou pas du tout) dans ce NAKED qui choqua moult cinéphiles dans les années 90. Vous n’êtes pas prêts !
Alors, si vous ne connaissez pas ces deux films ou si vous ne voyez pas du tout où je veux en venir, ne vous affolez pas et suivez le guide…
18H00 : CHAUSSURE À SON PIED (Hobson’s Choice) de David Lean – UK – 1954 - 107 min – VOSTF – copie numérique (dcp)
Avec : Charles Laughton, Brenda De Banzie, John Mills, Daphne Anderson, Prunella Scales, Richard Wattis, Derek Blonmield…
À la fin du XIXéme siècle, dans la banlieue de Manchester, Henry Hobson (Charles Laughton) veuf, vit avec ses trois filles qu’il fait travailler dans la boutique de chaussures familiale. Assez aigri, il les laisse volontiers faire tourner le magasin tandis qu’il boit des bières dans le pub voisin, avec ses confrères commerçants !
L’âge approchant, il décide de marier ses deux plus jeunes filles.
À Maggie, l’aînée, il impose un destin moins romantique : elle l’assistera dans ses vieux jours !
Mais Maggie, qui n’a même pas 30 ans, refuse ce rôle de vieille fille. Elle décide de se lancer dans un complot pour déjouer les plans de son père et faire la révolution autour d’elle…
Bien avant de réaliser de gros films à gros budget qui marqueront le box-office (LAWRENCE D’ARABIE ou DOCTEUR JIVAGO par exemple), David Lean a signé quelques films plus modestes dans l’économie, mais peut-être bien plus beaux encore, à l’instar du sublime BRÈVE RENCONTRE.
Ici, il aborde la comédie sur un ton assez osé pour l’époque. CHAUSSURE À SON PIED frappe tout d’abord par son incroyable énergie. On entre très vite dans le sujet, et celui-ci dérape tout aussi rapidement dans quelques chose de plus inattendu. Le personnage de Maggie, condamnée à devenir une vieille fille privée de tout, se révolte très vite. Bien plus que de jouer subtilement avec les limites et les conventions de l’époque -cequi ne lui donnerait qu’une émancipation factice ou en demi-teintes-, Maggie ourdit un complot énormissime qui, au contraire, a pour mission de tout brûler et de tout faire péter ! Plutôt que de négocier avec une société qui ne la considère pas comme une citoyenne à part entière, la jeune femme construit une révolution totale avec Sororité, connexion des luttes, renversement à son profit du Capitalisme, mis au placard du patriarcat et du Papa, mixité sociale, dynamitage des bonnes mœurs et prise en main de la liberté conjugale ET sexuelle ! Tout y passe, sur un ton frénétique et drôlissime.
Les 30 premières minutes passées, on comprend alors l’effroi qui nous saisit, et ce n’est pas si courant au cinéma : ce film réalisé en 1954 aborde à sa ma manière, mais de façon moderne et ludique, toutes les thématiques actuelles. En un mot comme en 100 : on a l’impression que le film a été écrit la semaine dernière. C’est bluffant.
Un bonheur n’arrivant jamais seul, les acteurs sont sensationnels. Brenda De Banzie dans le rôle principal est parfaite et quel bonheur de retrouver un Charles Laughton en apesanteur et totalement génial !
On soulignera aussi , un joli montage très précis, et une superbe photo pleines de gourmandises. L’utilisation des décors est tout aussi bluffante (notamment grâce à de somptueux décors de fond de plan, très malins et très expressifs).
En bref, outre son incroyable intelligence d’esprit et de cœur, CHAUSSURE À SON PIED est un pamphlet assez punk, ultra-féministe, qui n’oublie jamais d’être une comédie superbe et nerveuse. Tout est beau, grave et joyeux dans ce jeu de massacre moderne qui affronte, avec le sourire et avec fraternité, la violence de la Société !
CHAUSSURE À SON PIED est un très grand film et sa restauration est une très bonne nouvelle !
20H00 : NAKED de Mike Leigh – UK – 1993 – 98 min – VOSTF- Interdi aux moins de 12 ans - copie numérique (dcp).
Avec: David Thewlis, Lesley Sharp, Katrin Cartlidge, Greg Cutwell, Peter Wight, Gina McKee, Toby Jones, Elizabeth Berrington…
Dans les années 90, Johnny, jeune anglais sans attache, vit dans le rejet total de la Société. Il fuit précipitamment la ville de Manchester pour rejoindre Londres, à bord d’une voiture volée. Il part à la recherche Louise, son ancienne petite amie, mais ne tombe que sur sa colocatrice, Sandra, jeune femme également à la dérive..
Johnny passe alors quelques nuits dans Londres où il enchaîne les rencontres fortuites.. L’occasion pour lui de répéter ad nauseam son dégoût de la société, de témoigner de la corruption inéluctable du Monde et de dénoncer la cruauté sans fond de la vie, épuisant ainsi, le plus souvent, la patience de ses interlocuteurs.
Un long parcours désespéré commence…
On imagine mal le choc qu’a été NAKED pour les cinéphiles français en 1993. Alors moins connu de ce côté-ci de la Manche que son collègue Ken Loach, Mike Leigh, plus habitué aux comédies dramatiques, prend tout le monde à revers en signant ce film à la fois passionnant, âpre et crépusculaire. Si certains éléments du scénario apparaissent parfois de façon cocasse et peuvent nous faire esquisser un vague sourire, NAKED s’impose d’abord par une grande noirceur. Son héros/anti-héros Johnny vampirise à lui tout seul le film. Jeune vagabond, looser certain de l’Angleterre moderne des années post-Thatcher, Johnny ne croit en rien et semble voir partout la corruption de la Société qu’il juge immonde et avilissante. Persuadé de voir, lui, et il est bien le seul, la décrépitude de son pays, il essaie de persuader ou de discuter avec ses contemporains parfois, ou se contente d’observer leur cécité, d’un œil ironique.
Loin de son collègue Loach, à qui on le compare parfois un peu trop facilement, Leigh narre un parcours douloureux et sans issue, du moins en apparence, et privilégie la claustrophobie à outrance de ce monde vicié, rejetant, semble-t-il, une certaine forme de naturalisme pour préférer la description d’un Londres crépusculaire qu’on croirait sorti des Limbes, à la limite du fantastique. A travers cette ville toujours plus absurde et injuste, Leigh pose une question : si Johnny a raison, que nous reste-t-il ? Est-il encore utile de se battre ? Et que devenons-nous quand on nous a ôté tout rêve et toute perspective, quand toutes nos actions blessent nos proches et les autres ?
C’est la grande réussite du film : ne pas promettre d’épiphanie, ne pas raconter un parcours de rédemption, et plus courageux encore, ne pas, dans la mesure du possible, abandonner son personnage. Dans ses errances, dans ses manquements et sa violence, Johnny révèle aussi, au cœur le plus sombre de cet enfer moderne, ce qu’il reste de notre humanité, ou montre les derniers fils d’un humanisme presque perdu, déchiré.
Leigh ne glorifie jamais ses personnages, ne leur donne pas d’aura de “vagabonds magnifiques” ou de clochards célestes comme souvent aiment le faire le cinéma hollywoodiens ou européens. Il regarde au contraire, en face l’humanité de ce peuple des perdus, avec une poésie rude, comme si c’était la seul façon de voir les derniers éclats de notre humanité.
Le miracle du film ne tient pas qu’à son scénario. Les décors sont choisis avec soin. La photographie et les cadrages de Dick Pope construisent de manière bouleversante un Londres entre crasse et ambiances fantastiques. Et puis, il y a un casting proprement fabuleux. David Thewlis est sublimissime et gagnera, à juste titre, le grand prix d’interprétation au Festival de Cannes. Le reste du casting est pourtant à la même hauteur, notamment les actrices Lesley Sharp, Claire Skinner (habituée de Leigh qui apporte un éclairage très étrange au film), mais aussi Katrin Cartlidge, grande actrice (vue aussi chez Lars Von Trier), ici dans un rôle sublime et qui nous a quitté beaucoup beaucoup trop tôt. A eux deux, Thewlis et Cartlidge éclairent le film de manière bizarrement humaniste et justifie, très facilement, le déplacement et l’achat du ticket !
Dans la période troublée et violente qui est la nôtre, où tout semble incertain, NAKED semble questionner notre époque avec une modernité étonnante. Le voir sur grand écran, en ce moment précis, est peut-être un chance immense.
Dr Devo.
Dress-code de la soirée (1 dvd à gagner pour le meilleur déguisement !): tout ce qui a rapport avec le le Royaume-Uni, clochard, vagabond, fille/garçon perdu-e, agent de sécurité, trader, yuppie, roi de la tech’, créateur de start-up, vendeur de chaussure, ivrogne, punk, suffragette, David Pujadas ou spectateur du Majestic. [D’une manière générale, tous les déguisements sont acceptés!] Le prix pour le concours de déguisement est remis au début de la deuxième séance !
Réservations possibles dés le lundi 13 décembre à la caisse du Cinéma Majestic à Lille ou sur le site ugc.fr. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 14 euros les deux films (réservations pour ce tarif uniquement en caisse du Majestic) / 1 film aux tarifs habituels.
Les cartes UGC illimitées fonctionnent pour les deux films !
Retrouvez Matière Focale et Bon Chic Mauvais genre sur le réseau social BlueSky : cliquez ici !
Prochain BON CHIC MAUVAIS GENRE: le 15 mai 2026.





